Le casque vélo est l’exemple typique de la fausse bonne idée particulièrement dangereuse pour les cyclistes. Le sujet revient périodiquement et on possède désormais une vision assez claire des tenants et aboutissants de la (fausse) question du casque vélo.

Pendant plus d’une centaine d’années, il ne serait venu à l’idée de personne de mettre un casque pour se déplacer à vélo. Depuis relativement peu de temps à l’échelle de l’histoire de la bicyclette, un certain nombre de gens (minoritaires) essayent d’imposer le port du casque pour le vélo dans le cadre des déplacements.

Les premiers casques vélo que l’on a pu voir étaient utilisés au départ par des coureurs cyclistes, avant que son usage ne devienne obligatoire lors des compétitions comme le Tour de France par exemple. Les cyclo-sportifs du dimanche, habillés en général comme les coureurs du Tour, ont donc utilisé de plus en plus le casque vélo.

Parallèlement, certaines voix ont commencé à se faire entendre pour proposer, voire imposer le port du casque vélo à tous les cyclistes, y compris ceux qui utilisent simplement le vélo comme un mode de déplacement, et non pas comme un sport.

A coup de statistiques diverses et variées, la question du port du casque vélo est ainsi devenue un élément du débat concernant la mobilité vélo. Or, il s’agit d’un faux débat et une interview récente de Claude Lievens Souday, Vice-Président de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), vient très justement remettre les pendules à l’heure.

En fait, si on résume la question du port du casque en une seule phrase, on peut dire désormais que le casque vélo ne protège quasiment de rien et qu’en plus il aggrave les choses pour les cyclistes.

Mais, avant d’expliquer ces deux éléments majeurs qui font que tous les cyclistes quotidiens devraient militer pour le refus du casque vélo (en commençant par ne pas en porter), faisons d’abord un détour par les motivations liées à l’émergence du débat sur le casque vélo.

Comme on l’a dit, le casque est apparu assez récemment dans le débat concernant la mobilité quotidienne à l’échelle de l’histoire du vélo. Autrefois, certains cyclistes professionnels portaient le casque, mais il a fallu attendre très longtemps pour qu’il devienne obligatoire lors des compétitions cyclistes. L’Union Cycliste Internationale (UCI) l’a rendu obligatoire lors des compétitions le 5 mai 2003, soit il y a seulement une dizaine d’années. C’est durant cette période que de plus en plus de cyclo-sportifs ont commencé eux aussi à porter un casque.

Dans le même temps, le début des années 2000 voyait le retour progressif du vélo comme mode de déplacement en ville. Après une longue période de relégation où le vélo était plus ou moins considéré comme un mode de déplacement de pauvre, les préoccupations d’environnement, de santé publique et de pouvoir d’achat ont peu à peu remis au goût du jour l’intérêt du vélo pour se déplacer.

On est donc face à deux logiques distinctes qui se télescopent en quelque sorte: d’un côté le vélo sportif et ses dangers croissants liés à l’augmentation de la vitesse moyenne et au dopage, et de l’autre le retour du vélo comme mode de déplacement dans nos villes. Et dans le cadre de ce télescopage, on a assisté à une sorte de translation qu’on peut résumer comme suit:
1- le cyclisme de compétition est dangereux et il faut donc imposer le casque
2- les cyclo-sportifs du dimanche qui portent l’équipement des sportifs de compétition se sont mis à mettre le casque
3- pourquoi tous les cyclistes ne mettraient-ils pas un casque?

Or, si on regarde dans le détail, qui sont les plus ardents défenseurs du casque vélo? Bizarrement, ce sont les industriels de l’automobile! Surprenant, non? En fait, c’est plutôt logique, leur intérêt bien compris est de faire passer le vélo utilitaire pour quelque chose de dangereux, ce qui leur permet de mettre en avant la sécurité supposée, bien plus que réelle, de leurs voitures. Le discours sous-jacent consiste à faire croire « qu’on est bien plus en sécurité protégé dans une voiture plutôt que sur un vélo sans carrosserie ». Et l’idée du casque dans tout cela revient à dire aux gens « regardez comme le vélo est dangereux puisqu’il faut porter un casque ».

Au-delà des industriels de l’automobile, périodiquement certains hommes politiques tentent de proposer des lois rendant le port du casque obligatoire. Sans aller jusqu’à parler du lobbying de l’industrie automobile auprès des députés, il faut juste rappeler une évidence: le député moyen est un homme d’une cinquantaine d’années… qui roule en voiture.

Enfin, il ne faut pas oublier les associations d’automobilistes qui sont elles aussi favorables au casque vélo, voire même qui en distribuent parfois à l’occasion aux cyclistes dans le cadre d’opérations de communication pro-casque! C’est sensiblement la même logique que celle des constructeurs de voitures, à laquelle on peut probablement ajouter une volonté éventuelle de se déculpabiliser?

Et du côté des associations de promotion du vélo urbain? Bizarrement, l’association de référence en la matière, à savoir la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), est farouchement contre le casque obligatoire! Or, sur le sujet du vélo urbain, il paraît quand même plus logique d’écouter une association comme la FUB plutôt que les constructeurs de voitures ou les associations d’automobilistes… Prenons le problème à l’envers, quel crédit accorderait-on à une association cycliste qui conseillerait aux automobilistes de porter un casque? Probablement aucun…

casque-pour-automobilistes
Et pourquoi pas un casque obligatoire pour les automobilistes?

Et pourtant, il se trouve que pour sauver des vies, il serait infiniment préférable d’imposer le port du casque aux automobilistes plutôt qu’aux cyclistes! Il est maintenant admis que si les automobilistes portaient un casque, on pourrait sauver des centaines de vies par an, soit beaucoup plus que les cyclistes morts lors de leurs déplacements urbains. Pourquoi les constructeurs de voitures, les associations d’automobilistes ou les députés ne militent-ils pas pour le port du casque en voiture? J’ai ma petite idée, mais je vous laisse tirer vos propres conclusions…

Passons maintenant à l’effet supposé du casque vélo en matière de protection des cyclistes quotidiens. Déjà une première statistique: apparemment les derniers chiffres montrent 155 cyclistes morts l’année dernière, dont un tiers seulement lors des déplacements quotidiens et deux tiers lors de la pratique sportive du vélo. Autrement dit, on peut estimer à une cinquantaine le nombre de morts par an liés à la pratique du vélo comme mode de déplacement (à mettre en relation avec les 3.250 morts dans les accidents de la route…).

Première constatation, les deux tiers des cyclistes tués étant des cyclo-sportifs qui portent très probablement le casque, on peut s’interroger sur son utilité dans le cas présent. Il est vrai que ces cyclistes tués le sont hors agglomération, donc à des endroits où les voitures roulent plus vite et provoquent donc plus de dégâts. Ceci dit, cela démontre surtout que la véritable question est moins le casque vélo que les conditions de circulation, et en particulier la vitesse automobile.

Pour le reste, nous avons donc une cinquantaine de morts liée à la pratique du vélo urbain. Il ne semble techniquement pas possible de le savoir, mais il serait intéressant de connaître ceux… qui avaient un casque! Car, il est fort probable qu’une part non négligeable de ces 50 cyclistes morts portait un casque. Quand vous vous prenez une voiture en frontal même à 50 km/h, les chances de survie à vélo sont assez faibles, même avec un casque! Et on ne parle pas des cyclistes qui passent sous un camion, même avec une armure complète ils ne seraient plus là pour nous parler des avantages et des inconvénients du casque…

Également, il serait intéressant de connaître le nombre de cyclistes tués en ville et dont la mort n’a rien à voir avec la tête, casque vélo ou pas. Cela enlève probablement encore quelques unités au total.

Donc, en fait on parle de casque vélo pour tout au plus quelques dizaines de morts par an voire même moins, à mettre en relation avec les centaines de milliers de cyclistes présents tous les jours dans les rues. Bien sûr, une vie est une vie et mérite sans aucun doute que l’on se batte pour elle. Mais, pourquoi ne pas accorder la même attention aux 6800 morts par an dans les accidents de tous les jours? En toute logique, il faudrait que chacun porte chez soi un casque face aux accidents domestiques si vite arrivés… Également, il y a bien plus de noyades tous les ans en France que de cyclistes morts à vélo, pourquoi ne pas obliger le port d’une brassière protectrice?

Il faut aussi rappeler que le nombre de tués à vélo reste globalement stable sur la période récente alors que la pratique vélo tend elle à augmenter.

Selon Claude Lievens Souday de la FUB, le casque vélo peut éventuellement avoir une utilité en matière de protection en-dessous de 20 km/h, soit à une vitesse rarement respectée par les automobilistes, même en ville. A vrai dire, on pourrait en conclure que le casque vélo est peut-être efficient pour les cyclistes qui tombent seuls de leur vélo à petite vitesse, mais en l’occurrence on tombe rarement tout seul de son vélo sur la tête…

Par ailleurs, le casque vélo présente de très gros désavantages et même des risques pour les cyclistes. Déjà, il complexifie la pratique du vélo. Même si ce n’est pas une contrainte invraisemblable, cela reste malgré tout contraignant de porter un casque, de le transporter ensuite, d’en prendre soin, de le changer, etc. Les rares pays qui ont rendu le casque vélo obligatoire comme l’Australie par exemple ont vu la pratique du vélo urbain diminuer. Et surtout, cela représente en quelque sorte une barrière psychologique, celle-là même que les constructeurs de voitures et les associations d’automobilistes souhaiteraient mettre en place: cela donne une image faussement dangereuse du vélo urbain.

En outre, et c’est sans doute là que le casque vélo est le plus pernicieux, cela pose un réel problème de sécurité. Avec le casque vélo, le cycliste peut se sentir abusivement protégé et diminuer par voie de conséquence sa vigilance. Ce phénomène est particulièrement vrai pour les enfants qui n’ont pas encore tous les acquis de la pratique de la circulation en ville.

Enfin, le casque vélo envoie un mauvais signal aux automobilistes: il leur fait croire que le cycliste est protégé, ce qui relâche leur vigilance et peut les amener par exemple à moins respecter la distance minimale entre le cycliste et leur voiture ou à ne pas limiter assez leur vitesse à l’approche d’un cycliste.

On entre ici dans le domaine des perceptions et il est très difficile de prouver qu’un cycliste a été renversé par un automobiliste moins vigilant parce qu’il portait un casque. De la même manière, comment prouver qu’un cycliste a fauté parce qu’il se croyait en sécurité de manière erronée avec son casque? Mais le cas est très probablement avéré et peut-être même fréquent.

C’est pourquoi, si on revient à l’objectif fondamental du casque, qui est de sauver des vies, on a d’un côté des statistiques qui montrent qu’en fait il y a très peu, quelques dizaines tout au plus, de tués dans le cadre de la pratique du vélo urbain (et peut-être même certains portaient un casque!). De l’autre, on a des perceptions qui tendraient à montrer que le port du casque peut faire évoluer négativement les pratiques des cyclistes et des automobilistes en matière de sécurité, avec très probablement des accidents à la clé.

Et surtout, on sait désormais que plus la pratique du vélo augmente et plus les accidents ont tendance à diminuer, ce que la FUB avait déjà relevé dans un dossier intitulé « Lorsque la pratique du vélo décolle, le risque d’accident diminue. » Or, avec l’obligation du casque vélo, on sait que la pratique du vélo tend à diminuer. Il y a donc un réel risque de voir les accidents de vélo augmenter si le port du casque devenait obligatoire.

En fait, le casque vélo a l’immense avantage d’apparaître comme une solution simpliste à un problème compliqué. Dans la tête des gens, le problème est simple: « je suis à vélo, je me fais renverser par une voiture, je tombe et le casque va me sauver, donc le casque c’est bien ». Il s’agit par ailleurs d’une approche totalement individuelle centrée sur l’illusion de sécurité apportée par le casque. Or, le problème est beaucoup plus complexe que cela, avant de parler de casque, il faut parler du comportement des automobilistes, de la place laissée aux cyclistes sur la chaussée, voire même de la place du vélo dans l’imaginaire collectif. Il faut prendre en compte les conséquences d’une mesure individuelle sur les comportements collectifs des usagers. Autrement dit, il faut raisonner de manière globale et non pas du point de vue d’une simple mesure individuelle comme le port du casque.

De ce point de vue, rendre le casque vélo obligatoire serait une aberration susceptible à la fois de diminuer la pratique du vélo et d’augmenter le nombre des accidents, y compris des accidents mortels.

Et on peut même aller plus loin, la généralisation éventuelle du casque vélo en ville sans même parler de le rendre obligatoire serait à n’en pas douter une très mauvaise nouvelle pour les cyclistes. Il est donc plus que jamais nécessaire de militer contre le casque vélo, en commençant par ne pas en porter.