Le vélo, c’est pas écolo, un article repris du site internet carfree.free.fr sous la plume de Frédéric Héran

http://carfree.free.fr/index.php/2014/05/19/le-velo-cest-pas-ecolo/?utm_source=feedburner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+CarfreeFrance+%28CarFree+France%29

Il est de bon ton pour un élu, pour un technicien et pour bien d’autres quidams de préconiser l’usage du vélo, avec des trémolos dans la voix, en arguant que c’est un mode de déplacement doux, écologique, bon pour la planète, respectueux de l’environnement.

Tout faux ! Ce n’est pas le vélo qui est écolo, mais la moindre utilisation de la voiture… Si celui qui choisit de se déplacer à bicyclette arpentait auparavant les rues à pied, l’avantage est évidemment nul, et même négatif puisque la fabrication d’un vélo produit tout de même un peu de CO2.

S’il se déplaçait avant en transport public, l’avantage est réel, mais faible. Ce n’est que si un automobiliste se met à renoncer à sa voiture pour se mettre au vélo que le bilan devient excellent.

Ce dernier cas est-il si fréquent ? Hélas non. La plupart du temps, les nouveaux cyclistes sont d’anciens piétons ou usagers des transports publics et rarement d’anciens automobilistes… Les enquêtes qui ont cherché à comprendre qui sont les usagers des vélos en libre service à Lyon, Paris, Lille, Barcelone… montrent que les proportions de ces trois groupes sont respectivement de 45, 45 et 10 % (avec une variation de plus ou moins le tiers de ces chiffres).

Autrement dit, l’insistance gnangnan sur le caractère « doux » du vélo n’est pas innocente. C’est éviter, d’une part, de souligner les nuisances provoquées par les véhicules individuels motorisés dont on est encore loin aujourd’hui d’avoir fait le tour, pour ne pas culpabiliser les automobilistes. C’est édulcorer, d’autre part, l’intérêt même du vélo comme mode actif et économe, l’adjectif doux pouvant finalement qualifier tous les véhicules qui font un effort pour être moins agressifs à l’égard de l’environnement. À ce compte-là, les voitures électriques et même les 4 x 4 hybrides deviennent des « modes doux », de quoi décomplexer les riches automobilistes qui les utilisent.

L’argument écologique du vélo n’est donc pas directement justifié. Seule la réduction de l’usage de la voiture est pertinente. Mais un tel objectif est beaucoup plus difficile à mettre en avant par les élus. C’est pour cette raison que bien des édiles préfèrent investir dans un système de vélos en libre-service et quelques vagues aménagements cyclables plutôt que de prendre des mesures de modération de la circulation automobile, pourtant beaucoup plus efficaces pour encourager la pratique de la bicyclette.

Frédéric Héran

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